LORENZO RECIO – Juré de l’édition 2013

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Réalisateur, Lorenzo Recio a collaboré au magazine « Court-circuit » d’ARTE. Il a signé une dizaine de courts-métrages – dont il a souvent également conçu le scénario, le montage et la musique. Toutes ses œuvres ont été récompensées dans des festivals du monde entier ! Et le Festival international du Court-métrage de Clermont-Ferrand leur a consacré une rétrospective en 2010.

Réalisé dans le cadre de la Collection Caméra de poche d’ARTE, « Le Journal de Mademoiselle M » a reçu le Prix du Meilleur Scénario au Festival Film de Poche et le Prix de la Ville de Niort du Festival TAKAVOIR 2010.

LORENZO RECIO ASSUME LES « DÉFAUTS » DU PORTABLE

TAKAVOIR : Sur quoi travaillez-vous actuellement ?
Je m’apprête à partir à Taïwan pour le tournage d’un court-métrage, « Shadow ». On y parle d’un homme ombre, de montreurs d’ombres chinoises.

Comment envisagez-vous votre rôle de juré ?
Le point intéressant, c’est le fait de voir énormément de films. Mais on ne doit les regarder de manière distraite, on doit vraiment les regarder pour pouvoir en discuter, y réfléchir, et donc on est obligé d’avoir un regard un peu plus aiguisé pour pouvoir échanger ensuite avec les autres membres du jury.
Il faut allier le plaisir à la critique.

Quel conseil donneriez-vous à un futur participant à la prochaine édition de TAKAVOIR ?
Il ne faut pas faire des films pour les festivals !
Je crois qu’il faut faire des films le mieux possible ; et après, la question de savoir ce qu’ils vont devenir se règle toute seule…
Il faut d’abord penser à son projet artistique : des films honnêtes et sincères  trouveront tous seuls leur route vers les festivals.

Quel type de téléphone possédez-vous ?
Un iPhone 4. Je filme beaucoup mes enfants (20 mois et 10 ans NDLR).
Récemment je suis allé voir des essais pour les effets spéciaux qu’on va utiliser sur le tournage et je les ai filmés avec mon portable. Je ne me suis même pas posé la question de prendre mon appareil photo…

Pensez-vous que le téléphone a changé la manière de filmer ?
Je pense que le téléphone portable est dans la tradition d’un cinéma hors industrie, celui du super 8 et de la vidéo.
Avant, même avec le super 8 il y avait des contraintes techniques – les formats de pellicule, les caméras un peu lourdes… Maintenant, on a le téléphone dans la poche, dans la main, il y a un côté instantané… On a l’impression que le portable nous raconte énormément de détails de la vie quotidienne ; comme s’il était un prolongement du regard.

Comment choisissez-vous vos sujets ?
Ils viennent tous seuls ! C’est une idée qui vagabonde et que je ramasse.
Je ne suis pas dans un cinéma d’observation du réel, dans une veine de réalisme et social. Je suis plutôt dans les contes et le fantastique ; toutefois ce type de cinéma c’est tout à fait connecté avec le réel, il nous parle quand même du réel, mais différemment
C’est le cas du « Journal de Mlle M ». C’était mon premier film qui se déroulait à notre époque ; je voulais parler des rapports amoureux et je me disais que quand quelqu’un change, par exemple, parfois on ne peut plus rester avec elle (lui) parce qu’elle (il) change. Pour pousser la métaphore à l’excès, le personnage de Mlle M se transformait carrément en arbre et avait du mal à assumer son nouvel état ; c’est là où le conte nous parle de faits réels, mais en les communiquant autrement

Le téléphone portable induit-il un cinéma différent ?
Quand j’ai travaillé pour la collection Cinéma de poche pour Arte, certains pensaient qu’il fallait emmener le plus possible cette image vers une image de qualité…
Je pense qu’il faut au contraire assumer le grain de l’image, le côté un peu grouillant, un peu malhabile, parce qu’il y a un vrai langage là-dedans…
Je me suis aussi rendu compte que quand on filme avec un téléphone portable, on est nous-mêmes un plateau de tournage ambulant ! C’est-à-dire qu’on peu faire un mouvement de grue en levant le bras de haut en bas ou de gauche à droite !
Il y a quelque chose de tout à fait passionnant là-dedans et plutôt que de détourner le portable pour arriver à une image de qualité, il faut au contraire assumer ce qui le constitue, cette texture d’image et aussi cette image qui bouge, qui vibre, qui n’est pas très stable, qui nous raconte des choses différemment.

Ce qui implique que le scénario soit encore plus travaillé ?
Je ne sais pas… Le scénario est important dans n’importe quel film…
Avec un téléphone portable on peut faire du cinéma expérimental. En accrochant l’appareil derrière un vélo, au bout d’une corde qu’on peut faire pendre du haut d’un immeuble… On peut faire mille et une choses impossibles à faire avec une caméra et qui relèvent de l’opération esthétique. C’est tellement petit, on peut le mettre tellement n’importe où, qu’on peut vraiment travailler des choses très visuelles.
Pour revenir au scénario, ça ne fait pas de mal non plus quand il est bon !

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