Partie 2 : Fred et ses doubles

Petit résumé pour les gens pressés
* Malgré sa carrière conséquente Frédéric est assez peu connu du grand public.Il est en revanche célèbre dans le milieu du cinéma. Il ne souffre pas du tout de cette situation. Elle lui permet d’être bien ancré dans la réalité et de pouvoir raconter des histoires « vraies ».
* Son prochain film « Les vieux cons » n’est pas qu’une comédie cette fois. Certains passages sont plus profonds voir dramatiques. Cela marque un tournant dans sa carrière d’auteur.


En observant ton parcours on perçoit chez toi un côté touche-à-tout et tu fréquentes des milieux très différents.

Depuis que je suis petit c’est comme ça. Je me partageais par exemple entre le foot, je jouais aux Chamois, et le piano. J’étais aussi passionné de cinéma et je côtoyais des cinéphiles rue de la gare à Niort… Le samedi je fréquentais les fêtards et j’étais aussi à l’aise avec les footeux qu’avec les artistes. J’ai toujours aimé ce genre de sauts.

Cette relative distance avec le milieu est-elle un atout pour ta carrière ou plutôt un inconvénient ?
Je n’ai aucun problème avec la question de la notoriété. Ca ne me gène pas du tout de ne pas être hyper connu. Voilà une chose que mon pote Bénabar ne comprend pas d’ailleurs. Pour lui il n’est pas possible de ne pas vouloir être connu. Certes j’admets que c’est un peu regrettable surtout pour ma carrière de comédien. On penserait plus à moi si on me voyait partout mais bon… En tant qu’auteur en tout cas c’est un véritable atout. Je me sens totalement connecté avec le réel, contrairement à certains qui sont complètement étrangers à la vraie vie des gens, aux problèmes d’argent notamment…
Depuis deux ans je me suis réinstallé dans le coin, vers Coulon. Même si je fais souvent des allers-retours à Paris, j’apprécie d’être là.

Autre dichotomie remarquable chez toi, le côté humour et drame.
C’est vrai. Et mon prochain film « Les vieux cons » est un moment charnière, une bascule vers des sujets plus dramatiques. Il y a à la fois des moments drôles et des passages plus profonds.
Sinon la volonté de faire rire remonte à l’enfance. Je crois beaucoup à ce qui nous échappe dans la vie. Cet aspect de la culture que l’on reçoit malgré soi sans en avoir conscience. J’ai toujours aimé faire des vannes mais je ne sais pas pourquoi.

Safari

Partie 3 : de Bordeaux à H en passant par Euripide

Petit résumé pour les gens pressés
* Au début de sa carrière, Frédéric a galéré pendant cinq ans à Paris en tant que comédien avant d’être à l’aise financièrement. Il a littéralement décroché la timbale avec l’écriture de la série « H » en compagnie de Bénabar (oui, le chanteur !). Cette série est devenue culte.
* Ce dont il est le plus fier aujourd’hui : le scénario d’une série, malheureusement écourtée qui s’appelait « La famille Guérin », avec François Cluzet sur Canal Plus. Et son dernier film à venir bien sûr « Les vieux cons ».


Comment as-tu appris ton métier ?
J’ai commencé par faire une école de théâtre à Bordeaux avant de monter à Paris. Les cinq premières années ont été très dures. Je n’avais pas un rond. Une expérience que je n’hésite pas à confier aux jeunes qui veulent embrasser ce type de carrière.
Et puis ça a fini par décoller. J’ai joué dans un spectacle qui a cartonné « Tutu » au théâtre de la Bastille. Les tournées se sont enchaînées, j’ai notamment joué « Euripide »…

Tu as fait un peu de radio à l’époque…
Oui ça n’a pas duré très longtemps à l’antenne. Pierre Bouteiller le patron de France Inter m’a viré au bout de trois émissions. Il faut dire que c’était très « n’importe quoi ». L’émission s’appelait « Les enfants d’Inter » et était diffusée le vendredi de 16 h à 17h, c’était en 1990. On s’amusait notamment a donné de fausses heures aux gens. Par exemple à 16h38 on passait le jingle de France Inter et on annonçait « il est 17 h ». On imaginait les gens qui avaient un rendez-vous en panique. Une fois on a fait toute l’émission en chantant… bref ça n’a pas duré mais c’était marrant.

Comment as-tu démarré à la télé ?
Après cette période de théâtre j’ai eu envie de poser un peu mes valises. C’est alors présentée l’opportunité d’écrire la série « H »avec Bruno Nicolini alias Bénabar. J’ai rencontré un ami (Bruno), la richesse (par rapport à avant) et je me suis bien marré.
C’est ici que j’ai appris les rudiments de l’écriture cinématographique auprès de Bénabar qui avait fait une école de scénariste aux Etats-Unis.

H

Cette série est un vrai petit miracle
On a eu la chance de se retrouver avec trois comédiens débutants de talent : Eric, Ramzy et Jamel. Ils étaient très peu connus à l’époque. Jamel avait une petite minute dans Nulle Part Ailleurs, Eric et Ramzy faisaient du cabaret. On sentait que ces gars étaient des furieux.
Cette alchimie est comparable à celle de footeux qui forment une équipe et qui tout à coup font de grandes choses ensemble sans qu’on sache trop pourquoi.
En fait on débutait tous. Sauf Jean Luc Bideau qui est énorme dans la série.
La production faisait un pari.

Le rythme de travail était dense ?
C’était énorme. Finalement nous avons écrit 71 épisodes en 4 ans soit l’équivalent de 16 longs-métrages !
Mais l’avantage avec les gens de Canal Plus c’est qu’ils ne mettaient pas la pression sur l’audimat. Ca a commencé doucement et puis c’est devenu assez dingue. Les gens organisaient des projections à plusieurs de telle sorte que pour certains épisodes on a dû avoir jusqu’à six millions de téléspectateurs !

Tout était écrit où il y avait une part d’impro dans « H » ?
Tout était écrit. Il n’empêche qu’il y avait la place pour certaines « jamelites », des fulgurances de Jamel comme « Me dites pas que c’est pas vrai ! » par exemple… Aujourd’hui il y a un vrai respect entre ces comédiens et nous, leurs auteurs. Nous sommes restés en bons termes. Ils reconnaissent volontiers que sans texte, on a beau avoir du talent, on ne peut rien faire. Ce qui compte ce sont les histoires. Personne ne peut tenir en pure impro pendant vingt minutes, ou alors il faut qu’on me le présente tout de suite !

Quelles sont les choses dont tu es le plus fier aujourd’hui ?
J’ai une tendresse particulière pour une sitcom que nous avons fait sur Canal : « La famille Guérin » avec François Cluzet notamment. C’était un truc très décalé parfaitement immoral. Malheureusement Canal était en pleine période Jean-Marie Messier, ça allait mal. Du coup on n’a pu faire que six épisodes, c’est dommage. Un extrait ICI
Et je suis également très fier de mon prochain film « Les vieux cons ».

Partie 4 : Le Festival Takavoir

Petit résumé pour les gens pressés
* Fred Proust est très favorable aux nouveaux minis outils de captation qui permettent de démocratiser la réalisation filmique. Ils vont permettre de mettre en avant ce qu’il y a de plus important au cinéma : l’histoire.
* Il a déjà participé à de nombreux festivals de films. Jury au cours de l’un d’eux il n’a pas choisi l’un des courts en compétition qui a pourtant remporté par la suite rien moins qu’un César et un Oscar !
* Il ne connaît pas encore personnellement les autres membres du jury de Takavoir.


Un homme de cinéma comme toi voit-il d’un bon œil le développement des films réalisés avec des petits appareils de poche ?
Mais bien sûr, c’est tout à fait réjouissant. On revient toujours au même problème de l’histoire. Il est possible de faire des champs contre champs… Pour moi c’est ça l’important, l’histoire. Après peu importe le moyen de mise en forme… Dans le même ordre d’idées, j’ai vu des photos magnifiques réalisées avec des appareils jetables…
Bon évidemment on ne peut pas obtenir la même grandeur, le même côté grandiose, la même magie du cinéma 35 mm avec un portable…
Mais pour faire un film il faut beaucoup d’argent. De l’idée à sa mise en œuvre ça fait de sacrées étapes à franchir. Là, on se lève avec une idée et c’est dans la boîte…
Il est bien évident que j’encourage la démocratisation du cinéma.
Plus globalement je trouve que la Région est particulièrement démunie en terme de moyens d’expression. Elle est un peu en panne. Il y a très peu de Compagnies de théâtre par exemple. Est-ce que les gens sont si sereins ici qu’ils préfèrent faire du sport ? Je me félicite donc qu’un festival comme celui-ci voit le jour à Niort.

As-tu déjà participé à des festivals ?
Oui beaucoup. Je me souviens notamment d’un festival de courts métrages à Rennes où j’étais notamment pour présenter « Essaye-moi ». Je faisais partie du jury. Nous avons décidé d’accorder le prix à un film. Le second, celui que nous n’avons pas choisi donc, a gagné par la suite un César et un Oscar. C’était le « Mozart des pickpockets » de Philippe Pollet Villard.
Que les participants se rassurent donc. Même s’ils ne gagnent pas, leur carrière n‘est pas en danger. Il vaut mieux être second avec moi. J’ai plutôt un goût de chiotte !

affiche-essaye-moi

Connais-tu les autres membres du jury (Pascale Faure, Sophie Denize, Michel Royer, Pierre Renverseau) ?
Et non. Même ceux qui travaillent pour Canal Plus d’ailleurs comme Michel Royer et sa compagne Pascale Faure. J’en parlais récemment à Rodolphe Belmer le patron de la chaîne. On s’apercevait que je travaillais depuis 15 ans sans quasiment discontinuer avec Canal en n’ayant mis les pieds que 3 ou 4 fois au siège de la chaîne, c’est tout. Tout ou presque est produit à l’extérieur. Par exemple « Canal Presque » était produit par Guignols Production. Ainsi je n’ai jamais eu l’occasion de croiser Michel Royer par exemple qui travaille à l’extérieur. Ni Pascale Faure d’ailleurs qui elle à un bureau à Canal.
Propos recueillis par Karl Duquesnoy


Parce qu’on ne peut pas tout dire et que c’est déjà un brin longuet…

Au cours de cette interview fleuve nous n’avons pas évoqué les autres nombreux films auxquels Frédéric a participé. Citons :- Rencontre avec le dragon (rôle du Baron Léon de Courtenay)
- Quand les anges s’en mêlent (voix du commentateur sportif)
- Un ticket pour l’Espace (rôle du professeur Rochette)
- Essaye-moi (rôle de Paul + scénario et dialogues)
- Coluche l’histoire d’un mec (rôle de Brice Lalonde)
- Ce soir je dors chez toi (rôle du médecin)
- Le Missionnaire (dialogues)
- Safari (rôle de Becker)
- King Guillaume (rôle de Christine + scénario)
- Protéger et servir (scénario d’après la série Le 17)

A la télé, outre «H» :
- Le 17 (scénario)
- La famille Guérin (scénario)
- Demain le monde (écriture et jeu)
- Canal Presque (écriture et jeu)
- Caméra Café (scénario)